Cinéma

Y’A DU CINÉ DANS L’AIR ! – N°131

MANDY (Quinzaine des Réalisateurs) (sortie indéterminée)

de Panos Cosmatos (Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache)

 

Lorsque l’on est un amateur de film de genre et que l’on a déjà vu un paquet, on se blinde un peu à force, on fais le blasé parfois, on se la raconte – souvent à tort.
En fait, on cherche tous la perle rare ou du moins quelque chose qui frappe, qui marque, qui nous surprend, qui nous ravisse ou qui nous met accessoirement en colère.
Rien de plus normal.
Et quand vous avez la chance d’aller couvrir le festival de Cannes, depuis au moins dix ans, le féru de cinéma bis ou d’étrangeté trouve ce qui le contente à la Quinzaine, en général, bien plus qu’en compétition officielle.
Alors oui, beaucoup de déception, mais parfois des ravissements complets.
L’auteur de ces lignes tient à remercier Edouard Waintrop, le sélectionneur qui, cette année, après sept éditions de haute tenue, va tirer sa révérence et de quelle manière quand on s’aperçoit du reste de la programmation à venir ou déjà passée – malgré quelques ratés comme « LES CONFINS DU MONDE » de Guillaume Nicloux et déjà une réussite, « LE MONDE EST À TOI » de Romain Gavras, thriller d’action burné, tendre, hilarant et salvateur et ce, en attendant « MIRAÏ, MA PETITE SOEUR », le nouvel opus de Mamoru Hosoda (« LE GARÇON ET LA BÊTE), le grand maître actuel de l’animation japonaise.
Ni voyait là aucune basse flatterie ou autre léchage suspect, il s’agit juste de rendre à César ce qui appartient à Édouard – Doudou pour les intimes.
Présenté lors du dernier Sundance, « MANDY » jouit d’une réputation plus que flatteuse.
Qu’en est-il exactement ?
Pacific Northwest, 1983. Red Miller et Mandy Bloom mènent une existence paisible dans leur maison perdue au fond des bois. Ils filent le parfait amour. Mais leur tranquilité va être perturbée par Jérémiah, un gourou satanique, et sa bande, qui vont les prendre pour cible et détruire leur bonheur…


Panos Cosmatos s’était fait signalé en 2010 avec le très curieux « BEYOND THE BLACK RAINBOW » – sur les affres d’une jeune femme, cobaye d’expérimentation scientifique pour une nouvelle drogue, tentant de s’enfuir d’un laboratoire high tech – oeuvre inégale mais qui montrait toute la passion du genre du sieur Cosmatos.
Bis repetita, ici, avec un long métrage bien plus maitrisé et jouissif que son précédent.
Couleurs saturées, criardes, psychédéliques à souhait, alternant avec une image plus « normale », très granuleuse comme dans les seventies et les eighties – volonté propre du réalisateur – baignent ce trip fantasmagorique au spectre des références très large puisque l’on peut y retrouver du Argento, du Friedkin, « CRIME À FROID », du Mario Bava, « MAD MAX », « MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE », du Kubrick, « EVIL DEAD », du Jodorowsky et j’en passe.
Nicolas Cage revient en état de grâce avec un personnage se muant progressivement en ange exterminateur, volontairement grotesque par instant et en faisant des tonnes – la scène où il est traversé de rires nerveux et douloureux tout en descendant une grande bouteille d’alcool.
Bande son impeccable et hypnotive (King Crimson et le compositeur Johann Johannsson).
En vérité, voici un grand huit qui ravira au plus haut point les vrais amateurs, déconcertera probablement les néophytes, mais ne laissera pas indifférent.
Radical, gorissime, burné par les temps qui courent, beau et imparfait, magique à sa façon, salvateur, un petit miracle qui serait con de laisser passer.

 

 

COLD WAR (Compétition Officielle) (sortie prévue le 31 octobre)

de Pawel Pawlikowski (Joanna Kulig, Tomasz Kot, Jeanne Balibar)

 

Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse talentueuse vivent un amour impossible dans des temps difficiles…
Après l’éblouissant « IDA », on attendait impatiemment ce nouveau Pawlikowski.
On aurait pas dû.
Décevant, hermétique, asséché, ce drame – subliment photographié – s’avère trop naïf dans ces péripéties et les invraisemblances de certaines situations – qu’est ce que c’était facile de traverser les frontières à l’époque !
Malgré le titre, où es-tu passion ?
Il reste néanmoins une comédienne formidable : Joanna Kulia.
Maigre consolation.

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