Cinéma

Y’A DU CINÉ DANS L’AIR ! – N°134

L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE (Hors Compétition) (en salle aujourd’hui, dès ce soir)

de Terry Gilliam (Jonathan Pryce, Adam Driver, Olga Kurylenko)

 

A la découverte de la bande-annonce, immédiatement, on s’était pincé et on s’était dit : « Bordel, on ne rêve pas, il a réussi, il l’a fait. Enfin ! ».
Même si nous savons tous que l’on aura jamais ce qui s’aperçoit dans « LOST IN LA MANCHA », le fantasme « existe » maintenant.
Nous ne reviendrons pas sur les soubresauts ubuesques qui ont animé la gestation de ce projet depuis une vingtaine d’années et même jusqu’à récemment avec les recours judiciaires portés par le producteur Paolo Branco, escroc notoire, qui n’a plus que cela pour exister – celui-ci, voulant en interdire l’exploitation en salle, vient de se faire débouter.
Depuis « LA VEGAS PARANO », Terry Gilliam alterne entre le médiocre – « LES FRERES GRIMM » -, le correct mais sans plus – « TIDELAND », « ZERO THEOREM », version moderne de son chef d’oeuvre « BRAZIL » – et le plutôt réussi – « L’IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS ».
Projeté en clôture de ce 71e Festival de Cannes – un cru moyen -, où se situe donc « L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE » ?
Les ayant déjà utilisées comme objet de son court de fin d’école, Toby – metteur en scène cynique trentenaire – est en plein tournage d’une version plus-plus des aventures du célèbre personnage crée par Cervantes. Se retrouvant pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Quichotte, il va l’accompagner dans ses délires…
Autant le dire de suite, et c’est douloureux d’écrire cela, c’est décevant.
Nous assistons à un mélange idéalisé de la part de l’ex-Monthy Python de son formidable « BARON DE MUNCHAUSEN » et de son « FISHER KING ».
Hélas, tant la fantaisie féerique du premier et la réflexion pertinente du second sont absentes.
En fait, non, pas vraiment absentes mais comme vidées de tout intérêt, de toute leur substance primaire qui faisaient que ça fonctionnait à l’époque.
C’est étriqué – les décors, les effets, rarement prenants – sauf la scène trop brève des géants -, et assez laid visuellement – parfois, nous ne sommes pas loin de « LA CAVERNE DE LA ROSE D’OR », productions italiennes de Fantasy qui fit les beaux jours de M6 dans les 90’s.
Si Jonathan Pryce est très bien dans le rôle titre, en revanche Adam Driver – en némésis du vénérable Gilliam – est en dessous, s’ébroue dans tous les sens mais fait capoter la mise en abîme voulue.
En définitive, ce « pot-pourri » de l’oeuvre du génial esprit derrière « BANDITS, BANDITS », un brin systématique, forcé parfois, manquant cruellement de lyrisme, est probablement symptomatique du combat quotidien qu’a livré le plus grand héritier contemporain de Méliés, lassé et usé par les malédictions émaillant le projet de sa vie.
Terry, on t’aime.

 

 

UN COUTEAU DANS LE COEUR (Compétition Officielle) (sortie prévue le 27 juin)

de Yann Gonzalez (Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran)

 

Ces derniers temps, entre les Antonin Peretjatko (« LA FILLE DU 14 JUILLET »), Justine Triet (« LA BATAILLE DE SOLFÉRINO ») et autre Jean-Charles Hue (« MANGE TES MORTS »), une nouvelle générations de cinéastes français a émergé, souvent avec brio – quitte à décevoir par la suite.
En 2013, Yann Gonzalez avait ravi son monde avec « LES RENCONTRES D’APRÈS MINUIT », jolie déambulation poétique sur une orgie mêlant différents personnages hauts en couleur, dont un Eric Cantona monté comme un âne.
Nourrissant de forts espoirs le concernant, nous attendions impatiemment la suite.
Nous sommes récompensée car le voici propulser en sélection officielle pour son second film.
Paris. 1979. Anne est productrice de films de cul gay fauchés. Sa rupture d’avec Loïs – sa monteuse et compagne – est douloureuse. Pour tenter de la reconquérir, elle décide de tourner un porno plus ambitieux que précédemment avec sa troupe de comédiens fétiches. Mais bientôt, un puis deux d’entre eux sont sauvagement assassinés…
Si le travail esthétique entrepris dans son premier long est de nouveau de mise, force est de reconnaître, qu’ici, cela ne prend pas ou alors de façon trop éparse.
Hommage au giallo – thriller avec assassin tout de cuir vêtu, surtout popularisé par Dario Argento, pour faire rapide -, clin d’oeil à « LA CHASSE » de William Friedkin et à un fantastique français évoquant l’univers de Jean Rollin (« LE FRISSON DES VAMPIRES ») et celui de Franju, ce « COUTEAU DANS LE COEUR » pêche par une interprétation inégale – Vanessa Paradis, d’une fausseté accablante, tandis que Kate Moran, égérie du réal, assure – et une résolution de l’intrigue trop ras les pâquerettes pour convaincre.
Reste quelques belles idées comme la tempête soudaine dans la forêt ou encore une poignée de séquences nocturnes plutôt réussies.
Néanmoins sincère jusqu’au bout des ongles, Gonzalez rate globalement le coche en voulant trop en faire – l’intimiste lui seyant mieux.
Et pourtant, vivement son prochain.

 

 

CAPHARNAÜM (Compétition Officielle) (sortie indéterminée)

de Nadine Labaki (Zain Alrafeea, Nadine Labaki, Yordanos Shifera)

 

Beyrouth. À l’intérieur d’un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans, attaque ses parents en justice. Lorsque le juge lui demande pourquoi, il répond : « Pour m’avoir donné la vie. »…
Attention, CE pourrait bien être la palme d’Or, mais pour de mauvaises raisons.
En effet.
Tranchant avec ses travaux antérieurs concernant la mise en scène – là vraiment pensée et réfléchie – Nadine Labaki (le gentillet « CARAMEL » et « MAINTENANT, ON VA OÙ ? ») prend le spectateur en otage en contant les pérégrinations d’un enfant – tirées d’un fait réel – de façon tellement programmatique et à sens unique.
Oui, c’est terrible ce qu’il lui arrive, oui, il est très mignon avec sa gueule d’ange, oh la la, le pauvre, oui il faut dénoncer ce qui se passe, etc…
Et alors ???
Surlignant le pathos avec moults gros plans pas nécessaires et une musique adéquat, – et en dépit du juvénile acteur non professionnel, issu d’un casting sauvage, impressionnant – ce drame souffre de trop de calcul pour être totalement honnête – à l’instar du putassier « AYKA » du russe Sergey Dvortsevoy, également montré à la fin du festival.
Espérons que le jury de Cate ne tombe pas dans le panneau, en lui offrant une récompense suprême, même s’il a le mérite d’exister.

 

 

PALMARÈS PERSONNEL :

Palme d’Or : « LETO » de Kirill Serebrennikov

Grand Prix : « BURNING » de Lee Chang-Dong

Prix du Jury : « UNE AFFAIRE DE FAMILLE » de Hirokazu Kore-eda

Prix d’interprétation masculine : Marcello Fonte (« DOGMAN »)

Prix d’interprétation féminine : Zhao Tao (« LES ÉTERNELS »)

Prix de la mise en scène : « COLD WAR » de Pawel Pawlikowski

Prix du scénario : « HEUREUX COMME LAZZARO » de Alice Rohrwacher

Caméra d’Or : « GIRL » de Lukas Dhont

 

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